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COMPTE RENDU STAGE OKINAWA 2004 

Niveau débutant (10 à 7ème kyu)

Début du stage jeudi 22 juillet 2004

Echauffement collectif dirigé par Senseï Morio HIGAONNA, 9ème dan, chef instructeur mondial et directeur technique de l’I.O.G.K.F. (International Okinawan Goju-Ryu Karate-Do Federation).

Au programme : kihon.
Le dojo est bondé, environ 700 pratiquants de tous niveaux et de toutes nationalités (45 pays représentés), et chacun cherche à se faufiler pour trouver une place. Je me retrouve à proximité d’une fenêtre, hasard qui sera pour ma part salutaire un peu plus tard, car la chaleur est étouffante malgré la climatisation de la salle. Nous sommes quasiment les uns sur les autres pour le salut et effectuer les techniques, et chacun se concentre pour ne pas toucher son voisin. La chaleur devient rapidement accablante, alimentée par l’énergie des mouvements collectifs ; la motivation individuelle est palpable dans ce lieu « sacro-saint » pour tout passionné et dont l’envie de se dépasser, d’en découdre avec ses propres limites apporte à cette séance une dimension extraordinaire, qui restera longtemps gravée dans les mémoires … et les corps !
Très vite on ouvre les fenêtres pour créer un courant d’air qui sera très apprécié de tous (j’ai appris bien plus tard que des malaises s’étaient produits). Les kimonos sont trempés par une transpiration abondante au bout de dix minutes à peine d’entraînement. Le plancher se dérobe sous les pieds glissants de sueur. Ces désagréments seront très vite dissipés par le plaisir de se trouver là et de se donner à fond dans la pratique.
A la fin de cette première partie, nous nous séparons par niveaux.

  Atelier 1 animé par Senseï Léon PANTANOWITZ, 7ème dan, chef instructeur d’Israël, membre du comité exécutif de l’I.O.G.K.F., 47 ans de pratique et assisté de Senseï George ANDREWS, 7ème dan, chef instructeur d’Angleterre, membre du comité exécutif de l’I.O.G.K.F., 37 ans de pratique.

Au programme : kata Sanchin, musculation : pompes.
Après de courtes présentations, Senseï Léon nous fait effectuer le kata Sanchin en comptant et en nous demandant de nous concentrer sur le détail de chaque mouvement, avec une contraction modérée des muscles et du hara, pour commencer.
Ensuite, il nous explique, à travers diverses anecdotes personnelles, sa vision et l’importance de ce kata dans la vie de tous les jours. « La pratique quotidienne du kata Sanchin a changé ma vie !», nous dit-il. Elle lui a apporté force et résistance, bien-être autant physique que mental. Mais je n’ai pas saisi toute la valeur philosophique de sa conception du karaté, mon anglais ne me le permettant pas. Ce que je peux dire, c’est qu’il se dégage, de ce personnage, une spontanéité, une ouverture d’esprit et un savoir - être remarquables, qui le rendent très humain, disponible et dont l’intervention a été très appréciée par les modestes débutants que nous sommes.
Nous avons terminé la séquence par des pompes sur les poings et par le kata, en donnant le maximum de nous-mêmes.

Atelier 2 animé par Senseï Katsuya YAMASHIRO, 6ème dan, directeur administratif du Japon, 28 ans de pratique.

Au programme : kata Gekisaï Daï Ichi et Bunkaï.
Nous avons vu le kata en détail, technique après technique, pour permettre de suivre à ceux qui ne le connaissaient pas. Ensuite, par deux, nous en avons étudié les bunkaï.
Ce qui m’a impressionné, chez Senseï YAMASHIRO, c’est avant tout sa tonicité, sa rapidité d’exécution, sa détermination et ses exigences à notre égard, toujours soucieux du détail, du geste juste.

 

 

 

Vendredi 23 juillet

Atelier 1 animé par Senseï Katsuya YAMASHIRO et senseï Léon PANTANOWITZ.

Au programme : kata Gekisaï Daï Ichi et Bunkaï.
Après l’échauffement traditionnel, nous avons revu les techniques et le kata de la veille. Pour commencer, l’accent a été mis sur le détail des positions et des déplacements, avant d’enchaîner par les techniques de poings et de pieds. Dans la phase terminale de l’atelier, il nous a été demandé d’effectuer le kata dans le rythme et en se donnant à fond, à trois reprises. Les dix dernières minutes ont été consacrées aux étirements.

Atelier 2 animé par Senseï Morio HIGAONNA et assisté par Senseï Masaya MIYAWAKI, 6ème dan.

Au programme : exercices d’endurcissements et musculation.
Enfin le moment tant attendu, assister à un cours en comité (une douzaine de débutants) sous la direction du célèbre Maître ! Je crois que nous sommes tous très impressionnés déjà par cette perspective et encore plus par sa présence.
Homme de petite taille, il en impose par sa stature, par cette force tranquille qui émane de tout son être. Ses mains sont énormes, forgées par les années de durcissements quotidiens ; l’épaisseur de cale est impressionnante, autant sur les kentos, que sur le dessus et le tranchant des mains. Je n’ai jamais vu ça auparavant.
Au premier contact, Senseï Morio HIGAONNA nous demande, avec un air amusé non dissimulé, si nous avons la condition physique. Inutile de décrire ce qui peut à ce moment-là traverser la tête des néophytes que nous sommes. Le ton était donné !
Nous avons débuté par des séries de squats à un rythme soutenu, puis enchaîné, après une brève récupération, par des séries de 20 pompes sur les poings dans une cadence très tonique. Après cette mise en forme individuelle, nous nous sommes mis par deux pour les exercices de musculation, chacun mettant à profit le poids de son partenaire pour se renforcer. La difficulté des saisies est accrue par la sueur qui ruisselle sur tout le corps et notamment aux extrémités. Ma partenaire allemande, très physique, fait preuve d’une volonté de fer et me permet ainsi de travailler intensément.
Ensuite, me retrouvant seul pour les exercices d’endurcissements, j’ai l’honneur et le privilège de les effectuer avec Senseï MIYAWAKI en personne. Mon enthousiasme sera de courte durée, acculé par la douleur brutale de mes avants - bras déjà en feu, après les premiers contacts seulement. C’est avec un petit rictus et un air très détaché qu’il me demande en anglais s’il doit appuyer un peu plus, question à laquelle je m’empresse de répondre « No, thank you, that’s good ! », en m’efforçant de cacher ma souffrance et en pensant très fort « j’ai mon compte, Senseï, merci pour la leçon ! »
Autant dire que les séries m’ont paru interminables. J’ai dû serrer « les dents ! »

Atelier 3 animé par Senseï Laubscher BAKKIES, 8ème dan, chef instructeur d’Afrique du sud, membre du comité exécutif de l’I.O.G.K.F., 41 ans de pratique.

Au programme : hippon Kumite.
Décidément, la journée est faste ! A présent, c’est au tour de Senseï BAKKIES de nous prendre en charge. (J’ai eu l’occasion d’assister à un stage sous sa direction l’année précédente à Quimper, et je me réjouis à l’idée d’assister encore à un de ses cours).
Sa stature est imposante, il semble avoir été taillé dans le roc, avec de larges épaules et des mains comme des battoirs. Sa rapidité de déplacement est incroyable pour un tel gabarit et sa puissance est singulière. Ses explications sont claires et limpides. Sa bonne humeur et sa gentillesse sont perceptibles et communicatives.
Nous travaillons les hippon kumite pendant environ ¾ d’heure, avec une intensité croissante, pour atteindre, en finalité, une action la plus explosive possible, à la demande de Senseï.

 

 

Samedi 24 juillet

Atelier 1 animé par Senseï Kazuo TERAUCHI, 7ème dan, champion du monde de kumite tous styles Goju-Ryu, 36 ans de pratique, assisté de Senseï Yuki TODA, 6ème dan.

Au programme : échauffement et assouplissements. Kakieï. Kata Gekisaï Daï Ni.
Une fois l’incontournable échauffement traditionnel achevé, nous nous appliquons à reproduire les exercices d’assouplissements que Senseï TERAUCHI nous montre, avec un entrain enjoué et dont les grimaces emphatiques nous font sourire. Nous travaillons par la suite le détail du kata Gekisaï Daï Ni, dans la même atmosphère.
Homme trapu et d’apparence austère, senseï TERAUCHI semble être un bon vivant, s’exprimant d’une voix vive, souvent accompagnée de mimiques, de rires puissants et parfois même … de grimaces. Notre gaucherie et ses explications en anglais l’amusent, ce qui donne à ce cours un climat d’une drôlerie presque surréaliste. Mais ne nous y trompons pas, cela n’a cependant pas affecté la qualité et la rigueur de son enseignement, bien au contraire. Ce cours en reste mémorable.

Atelier 2 animé par Senseï Léon PANTANOWITZ.

Au programme : bunkaï et kata Gekisaï Daï Ni. Séance photos.
Nous étudions tous les bunkaï du kata Gekisaï Daï Ni, bien utiles pour faciliter sa compréhension, avant de passer à l’application du kata lui-même. Nous travaillons ainsi tout le détail technique tournant autour de cet enchaînement, sous l’œil bienveillant de Senseï Léon et ce jusqu’à la séance photos.

 

Lundi 26 juillet

Atelier 1 animé par Senseï Masaya MIYAWAKI, 6ème dan.

Au programme : bunkaï et kata Gekisaï Daï Ni.
En voyant senseï MYIAWAKI venir à nous, j’ai aussitôt le souvenir cuisant de notre dernière rencontre, et je redoute le programme de ce début de matinée (vous comprendrez facilement l’objet de mes appréhensions).
Nous commençons par un échauffement traditionnel énergique et passons en revue les bunkaï étudiés la veille avec Senseï Léon. Les exigences de Senseï MYAWAKI sont scrupuleuses, intransigeantes. Nous en faisons les frais pendant toute l’application du kata qui a suivi. Senseï représente pour moi à ce moment-là, toute la rigueur et l’esprit qui font la notoriété du peuple japonais.

Atelier 2 animé par Senseï Henrik LARSEN, 6ème dan, chef instructeur du Danemark, membre du comité exécutif de l’I.O.G.K.F., 30 ans de pratique.

Au programme : hippon kumite.
Nous poursuivons avec Senseï LARSEN, homme athlétique et vif. Le cours est très dynamique et rythmé par les techniques de kihon, accompagnées de projections, dont le plancher me rappelle impitoyablement mon manque de souplesse. J’ai le plaisir de travailler « en retenue modérée » et en commun accord avec le solide Jean-Pierre, cher compatriote du club de Guipry, que je salue cordialement au passage.
Senseï LARSEN est d’une grande disponibilité, n’hésitant pas à nous remontrer d’abord les techniques décomposées, puis à vitesse réelle.

Atelier 3 (collectif) animé par Senseï Morio HIGAONNA, clôture du stage.

Au programme : squats et kihon en shiko-dachi (environ 1000 techniques de poings à un rythme croissant, pour terminer à une fréquence infernale).
Nous nous retrouvons tous niveaux confondus, pour la séance collective qui va clôturer ce stage international. La salle nous est à présent presque familière, la chaleur est toujours aussi élevée, mais paraît moins accablante que la première journée. L’organisme s’est adapté. Les corps et les esprits sont imprégnés et enrichis de l’enseignement transmis tout au long de ces quelques jours passés au sein du berceau des Arts Martiaux d’Okinawa.
Il règne dans la salle une atmosphère particulière, probablement due à la conscience et à l’émotion de vivre les dernières minutes de ce stage inoubliable. Les séries de squats qui suivent nous prédisent une fin de stage à un rythme endiablé, mais nous sommes loin de penser à ce qui nous attend réellement : ¾ d’heure de kihon en shikodachi, dont les dernières séries paraissent interminables et avec kiaï, de surcroît, à chaque technique. Il paraîtrait que nous avons effectué environ 1000 techniques, mais j’avoue que je n’ai pas compté et que je n’en doute guère. Ce que je retiens de l’intensité de cette séance, c’est que chacun s’est surpassé, stimulé par toute cette énergie ambiante et la passion commune du karaté, avec la félicité d’y avoir participé.

Je souhaite à présent à tout pratiquant d’avoir la chance de pouvoir exercer sa passion à la source. Cette expérience reste intense et unique, quel que soit le niveau de chacun.

Texte de Marc FROSZTEGA
Membre du Club: Agora karaté-Do

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